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vendredi, 09 mai 2008
Les Alevis, un bouclier contre l’islamisation de la Turquie...
par Robert Spieler
Article publié dans le n°8 de la revue Synthèse nationale .
Pourquoi le régime laïc turc, où les islamistes sont très largement majoritaires au Parlement et dans la société, ne s’est-il pas encore effondré ? Pourquoi la Turquie n’est-elle pas encore une république islamiste ? La loi interdit le port du voile à l’université et cet interdit s’applique à tous les fonctionnaires, à la grande fureur des islamistes qui gouvernent le pays. Notons que le terme « laïcité » n’a pas le même sens qu’en France. Il signifie, en Turquie, contrôle de la religion par l’armée, pilier du kémalisme.
L’armée, qui pourtant devrait être à l’image de la société, est le bouclier de la laïcité. Etrange… Nous avons vu, en Iran et ailleurs, qu’une armée ne peut résister longtemps à la pression populaire. Les dictatures militaires qui ne sont pas soutenues par le peuple finissent toujours par s’effondrer. Rien de cela en Turquie. L’armée, ainsi que d’autres institutions, telle la Cour suprême, disposent de pouvoirs considérables, leur permettant de bloquer des initiatives islamistes allant à l’encontre de la laïcité, sans que les islamistes au pouvoir ne puissent s’y opposer. Ainsi, la fille du premier ministre Erdogan se trouve-t-elle dans l’obligation d’aller étudier aux Etats-Unis, afin de pouvoir porter le voile.
La raison de cette étonnante situation réside dans le poids d’une minorité religieuse peu connue, les Alevis. Ils représentent entre un quart et un tiers de la population turque et kurde et sont des adversaires acharnés de l’islamisme. Cette religion, issue au VIIIème siècle du chiisme, a considérablement évolué, notamment sous des influences chrétiennes, jusqu’à représenter aujourd’hui un étrange syncrétisme, mélange de modernisme et de mysticisme, pour qui le chamanisme, c’est-à-dire la recherche dans la nature de Dieu, que les Alevis nomment Allah, est essentiel. Le chemin de la découverte de Dieu en l’homme passe par l’amour des pierres, des arbres, des rivières et… du bon vin. Ils disent volontiers : « Dieu est en l’homme, l’homme est en Dieu. Je me suis regardé dans la glace, et l’Eternel m’est apparu ». Ils vénèrent la Sainte Trinité, Allah, Mahomet et l’Imam Ali, mais ne se considèrent pas comme musulmans et sont considérés comme des hérétiques par ces derniers, qui les perçoivent comme des libertins, des débauchés ou des ivrognes. Ils ne respectent aucun des 5 piliers de l’islam, ne lisent pas le Coran, ne fréquentent pas les mosquées et ne font pas le pèlerinage à La Mecque, mais honorent Dieu et la nature par des danses. Ils ne pratiquent aucune ségrégation à l’encontre des femmes, qui ne portent pas le voile. Notons que beaucoup d’Alevis sont tout simplement athées.
Ils connaissent le sort qui leur serait réservé, à l’égal de celui des bahaïs en Iran, dans une république islamique et se battent avec l’énergie de leur instinct de survie.
L’Europe, dans son insondable bêtise, exige la démocratisation de la Turquie, c’est-à-dire la suppression des digues empêchant la mainmise totale des islamistes sur la Turquie.
Les islamistes (que des naïfs et des collabos présentent comme modérés) sont partisans de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, alors que les forces nationalistes laïques y sont opposées.
On les comprend…
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