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mercredi, 14 octobre 2009

Ballets roses et ballets bleus en littérature et en République...

par Robert Spieler

Délégué général de la NDP

 

Ballets roses, ballets bleus, ces termes quelque peu désuets fleurent bon la quatrième République. Le premier renvoie au goût pour les jeunes filles, le second, aux garçons.

 

L’affaire Frédéric Mitterrand suscite le scandale. Son livre est-il un roman, une autobiographie ? Un écrivain, a fortiori ministre de la Culture, peut-il tout dire ?

 

Les romans contemporains sont, sauf exceptions, d’une nullité scatologique misérable. Mais on oublie que de grands écrivains, de gauche et de droite, voire d’« extrême-droite » dépassèrent allègrement les frontières de la morale.

 

Du « divin marquis » à Huysmans

 

Le « divin marquis » de Sade passa une bonne partie de sa vie dans les prisons royales, davantage d’ailleurs pour ses écrits subversifs que pour ses romans, d’une violence pornographique incroyable. Il n’en reste pas moins un grand écrivain.

 

Le XIXème siècle et l’école littéraire naturaliste furent riches en romans où les maisons closes et la prostitution étaient mises en scène. Des frères Goncourt (« La fille Elisa ») à Huysmans (« Les soeurs Vatard »), en passant par Maupassant (« La maison Tellier ») et Zola (« Nana »), sans oublier Alphonse Daudet, Jules Vallès et Octave Mirbeau, nombre d’écrivains heurtèrent la morale et certains furent poursuivis en justice et condamnés. Même Flaubert fut persécuté pour avoir évoqué l’adultère dans « Madame Bovary ». Huysmans dépeint dans « Là bas » des cultes satanistes, en vogue dans le Paris décadent de la fin du XIXème siècle. Huysmans se racheta dans ses dernières années en se convertissant au catholicisme, perdant hélas au passage une partie de son talent littéraire. Baudelaire avait dit de lui : « Il avait le choix entre la bouche d’un révolver et les pieds de la croix ». Sans doute, avait-il fait le bon choix.

 

N’oublions pas, dans le registre sulfureux, Baudelaire et son apologie des « Paradis artificiels », Jean Lorrain, décadentissime écrivain, Pierre Loüys et son apologie du triolisme familial, si j’ose dire, dans « Une fille et sa mère », et le merveilleux Oscar Wilde, brisé par les geôles que lui valurent sa liaison avec un adolescent aristocrate anglais. Me Jean-Marc Varaut refit le procès d’Oscar Wilde dans un beau livre, « Les procès d’Oscar Wilde », concluant à sa relaxe.

 

D’Apollinaire à Montherlant

 

Le XXème siècle fut riche en écrivains de toutes tendances politiques, qui pratiquèrent allègrement la transgression : d’Apollinaire (« Les 11 000 verges », inutile de faire un dessin…) à Catherine Millet (journaliste très connue, qui raconte  dans « La vie sexuelle de Catherine M. » la mise en pratique de ses fantasmes de prostitution, d’exhibition et de partouzes… 2,5 millions d’exemplaires vendus), en passant par Jean Genet (la beauté du soldat allemand l’amena à flirter dangereusement avec les limites…), et par Gabriel Matzneff, qui ne cache rien dans son « Journal » de son goût pour les très jeunes filles, la liste est longue.

 

Parmi les très grands écrivains, Montherlant et Gide pratiquèrent avec assiduité ce que l’on ne qualifiait pas encore de « tourisme sexuel » et affichèrent leur goût pour les jeunes garçons arabes. L’immense Nabokov, prix Nobel de littérature, mit en scène dans son roman « Lolita » la passion d’un homme mûr pour une très jeune fille, enrichissant au passage les dictionnaires de toutes langues d’un nouveau mot.

 

Quant à Roger Peyrefitte, diplomate, auteur du magnifique roman « Les amitiés particulières », son goût pour les jeunes garçons inonde une œuvre assez scandaleuse où il n’hésite pas à dévoiler les pratiques soigneusement cachées de certaines personnalités (à lire absolument : « Les Juifs », « Les Fils de la Lumière », « Les Ambassades », que l’on trouvait en livres de poche, il y a trente ans, et aujourd’hui probablement impubliables). Un grand écrivain, catholique de surcroît, qui, m’a-t-on raconté, aurait aimé aller à la messe à Saint-Nicolas-du-Chardonnet mais n’osait pas, de crainte d’être quelque peu maltraité par des paroissiens peu amateurs de scandales.

 

Les ballets roses de la République putassière :

Marthe Richard et André Le Troquer

 

La République putassière porte un nom : Marthe Richard. Ancienne prostituée, elle se fit passer pour une héroïne de la Résistance et chercha à obtenir, après guerre, du Milieu des sommes considérables pour ne pas exiger l’abolition des maisons closes. Elle ne les obtint pas et, sans doute émotionnée dans sa virginité tout à fait fictive, elle obtint en 1946, ointe de sa Légion d’Honneur qui lui fut, avant guerre, accordée par Edouard Herriot, un de ses multiples amants, la suppression des maisons closes. On la surnomma « La veuve qui Clot ».

 

Mais le grandiose de cette République fut l’affaire Le Troquer.

 

Elle éclata en 1959. André Le Troquer, 74 ans, mutilé de la guerre de 14/18 où il avait perdu un bras, député SFIO de 1936 à 1942, puis de 1946 à 1958, avocat courageux de Léon Blum lors du procès de Riom, résistant proche de De Gaulle, dont il fut ministre en 1946, et dernier président de l’Assemblée Nationale de la quatrième République, Le Troquer pratiquait dans les palais de la République des fantaisies peu convenables.

 

Avec la complicité de policiers, des jeunes filles de 12 à 20 ans avaient été piégées et entraînées dans des parties « fines » et des spectacles érotiques dont profitaient Le Troquer et ses compagnons, tous très riches, dont un coiffeur de l’Avenue Matignon (j’adore ce détail). On évoqua même des orgies sadomasochistes organisées dans le Palais Bourbon, en compagnie de membres du « Tout pourri » (C’était le Canard Enchainé qui avait inventé cette formule. Autres temps, autres mœurs…).

 

Compte tenu d’un « long passé » de services (pas de sévices !) rendus et ne voulant pas « accabler un vieil homme », le tribunal, dans sa sagesse, ne lui infligea qu’un an de prison avec sursis…

 

Frédéric Mitterrand n’est pas seul

 

Pourrait-on imaginer un ministre de la Culture cocaïnomane et condamné pour vol d’œuvres d’art ? Oui, André Malraux, ministre gaulliste.

 

Pourrait-on imaginer un ministre de l’Education nationale d’extrême-droite, pédéraste et pro nazi ? Oui, Abel Bonnard, écrivain et ministre du maréchal Pétain, que ses adversaires surnommaient élégamment « la gestapette ».

 

Et puis, Benoist-Mechin, magnifique écrivain, qui fut lui aussi ministre du Maréchal et qui, sans descendance bien sûr, adopta son amant arabe, auquel il donna son nom.

 

Décidément, littérature, politique et morale ne font pas bon ménage…

 

20:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Tags : frédéric mitterrand, ballets bleus, alsace, ndp, politique, robert spieler | |  Facebook

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