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mercredi, 26 octobre 2011

Charles Mauras est de retour...

4e0d2946bafc44e656cf2886c0b75bb2_XL-232x300.jpgCharles Maurras est de retour grâce aux Cahiers de l’Herne !

 

Par Robert Spieler

Article publié dans Rivarol

n°3018 du 21 octobre 2011

 

C’est en quelque sorte une renaissance de l’œuvre et de la personnalité de Charles Maurras. Non pas qu’il ait jamais disparu de la mémoire française, mais seule une minorité de fidèles le lisaient encore. Une minorité qui s’intéressait essentiellement à sa pensée politique, ignorant par ailleurs le grand écrivain et poète qu’il fut, et la prodigieuse richesse de sa pensée. La parution dans la prestigieuse collection des Cahiers de l’Herne d’un volume ( 392 pages, 39 euros), consacré à Maurras est un évènement. Qui est Charles Maurras ? Les contributions réunies ont en commun de se situer dans une perspective a posteriori, qui permet d’embrasser un Maurras accompli. On y retrouve des autoportraits d’âges différents, et des portraits brossés par des contemporains amis ou adversaires qui le connurent de près ou de loin. On y trouve aussi des analyses de son œuvre littéraire, mal connue, de sa relation avec la philosophie, la « religion » de la politique dans laquelle il était entré, la place de Maurras dans l’essor de la connaissance géopolitique, sa pensée fédéraliste, sa relation avec la foi, avec les Princes de la maison de France, son antisémitisme d’Etat, sa relation avec les femmes et l’amour, son procès où il arbora la Francisque et puis, la mort.

 

Je vous propose d’apprécier quelques pépites de ce remarquable gisement.

 

Maurice Barrès évoque Maurras :

 

« Je tiens Charles Maurras pour un des premiers hommes d’Etat de ce temps.(…) Parmi ses adversaires même, un grand nombre d’esprits ont été éveillés par un rayon sorti de son œuvre. Quelle poésie profonde dans la destinée de ce jeune Charles Maurras, tel que je le vois il y a trente années et plus, au début d’une amitié qui est un des plaisirs et des honneurs de ma vie ! Quoi de plus noble que cette puissante influence qui s’est formée dans la solitude ! Mais c’est surtout avec le temps que l’on mesurera la hauteur du bel arbre, quand les broussailles à perte de vue auront péri. »  Mais Barrès ne sera jamais maurassien. Il lançait souvent à Maurras, de l’aveu même de ce dernier : « Si j’étais aussi bon dialecticien que vous, je prouverais le contraire de vous. »

 

Jusqu’au bout, Barrès en restera à cet avis qu’il avait donné pour l’Enquête sur la monarchie et que Maurras lui-même devait qualifier plus tard de « poignant » : « Peut-être avez-vous raison, mais vous n’avez pas avec vous les puissances du sentiment. »

 

Et puis Robert Brasillach, dans Notre avant-guerre

 

« Les vivants et les morts de notre avant-guerre, c’est lui qui les domine : nous aurons eu la chance de l’approcher, de rencontrer dans notre jeunesse ce regard aux yeux gris, cette pensée juste et dure, et cette brûlante passion pour son pays et pour la jeunesse de son pays. […]

 

[…] Cet homme magnifique, ce prince de la vie, je devais le voir aussi en des lieux plus surprenants. Pour avoir écrit qu’il faudrait tuer, s’ils arrivaient à leurs fins, les parlementaires coupables de vouloir la guerre avec l’Italie, le ministère Blum avait fait mettre Charles Maurras à la prison de la Santé. Il y resta huit mois, écrivant chaque jour dans L’Action française, sous le pseudonyme de Pellisson, continuant à analyser le monde et la France. »

 

Léon Daudet, qui fut son compagnon de combat

 

« Du jour où je rencontrai Maurras, où je reçus le choc de son esprit – le plus puissant, le plus complet que j’aie rencontré ici-bas – il m’apparut que cette réalisation [le gouvernement héréditaire] ne devait être qu’une question de temps. […] Il est de taille moyenne, mince, alerte, avec un visage ferme et décidé, où brille l’immatérielle flamme de deux yeux fascinants, inoubliables.

 

Maurras se tient droit comme un glaive, et il est, en effet, trempé d’acier. Il ignore la déconvenue, le recul, ou le temps d’arrêt. Sans cesse il avance vers son but, du même pas décidé, entraînant son monde derrière lui.

 

Maurras est un foyer embrasé, inextinguible, qui émet mille et dix mille fois plus qu’il ne reçoit. »

 

Lucien Rebatet dans les Décombres

 

Lucien Rebatet avait quitté Maurras et l’Action Française qu’il surnommait l’Inaction Française. Il se montre, à son habitude, fort sarcastique : « Maurras s’enfermait avec des visiteurs variés. C’étaient avant tout, comme on l’affirmait dans les journaux à échos de la gauche, des escouades de douairières qui possédaient un véritable abonnement à ces séances, des marquises de répertoire comme on n’imaginait plus qu’il pût en exister encore, ou de ces vieilles timbrées, emplumées et peintes comme des aras, qui rôderont toujours autour des littérateurs académisables. […]

 

Maurras, harcelé par les besognes d’un parti et d’un quotidien, commençant ses journées avec un retard invraisemblable, perdait ainsi deux heures et parfois plus .

 

Il n’était pas rare qu’une sommité de l’industrie ou de la presse, un étranger éminent poireautât à ses côtés, dans l’attente d’une audience qu’il sollicitait depuis huit jours. »

 

« Maurras avait habité pendant de nombreuses années rue de Verneuil, jusqu’à ce que le déluge des livres et des papiers eût envahi même son lit. Il avait mis ce capharnaüm sous verrous et émigré rue de Bourgogne. Sa porte y était consignée à tout visiteur. Quelques messagers, pour qui il fallait cependant qu’elle s’entr’ouvrit, rapportaient des descriptions effarantes. On se frayait accès jusqu’au Maître entre des tranchées de bouquins et de dossiers entassés du parquet au plafond, on piétinait une litière de papiers. La découverte d’un document parmi ces stratifications relevait de la géologie.

 

Personne n’aura davantage célébré l’action, et eu devant elle une attitude plus floue, faite à la fois de dédain et d’embarras. »

 

Georges Valois qui quitta lui aussi Maurras pour créer le Faisceau, le premier parti fasciste en France, avait écrit, avant leur rupture : « Vous admirez Maurras. Que vous soyez homme de gauche, ou de droite, ou du centre, si vous n’êtes pas complètement aveuglé par l’esprit de parti, si vous jouissez de quelque liberté intellectuelle, vous reconnaissez que Maurras est au tout premier rang des Lettres françaises et vous devez admettre qu’il est au même rang dans l’ordre de la pensée philosophique et politique. Mais je vous demande de voir plus haut ou plus loin : Maurras est un chef ; et je suis bien tenté d’écrire : un chef militaire. Il y a deux puissances de commandement : l’une qui courbe les volontés, l’autre qui les élève, les associe et les entraîne. C’est celle-ci que possède Maurras.

 

Maurras et l’antisémitisme d’Etat

 

Maurras n’était pas un antisémite de peau et considérait que les théories de Gobineau ou de Montandon étaient des inepties. Maurras s’interrogea sur la place que les Juifs occupent dans la nation française. Trois grandes vérités se dégagent à ses yeux :

a. Le peuple juif est un peuple distinct et qui se distingue, qui ne peut ni ne veut s’assimiler.

b. De par sa tradition religieuse il est étranger au monde de la civilisation à laquelle

appartient la nation française.

c. La contribution des Juifs à l’oeuvre de la création de la nation française est quasi nulle et leur influence intellectuelle est entièrement négative. Les juifs ne sauraient être être des citoyens comme les autres. Ils sont un « état dans l’État » de même que les Protestants, les « Métèques » et les Francs-Maçons avec lesquels ils se « confédèrent » contre les intérêts nationaux des Français. Il convient dès lors d’en prendre acte et d’agir en conséquence.

 

En somme, il s’agit de faire l’exact contraire de ce que réalisa la Révolution : ne rien leur accorder comme citoyens mais tout leur accorder comme peuple.

 

Charles Maurras et la poésie

 

T.S. Eliot, qui est un grand poète anglais, considère que Charles Maurras est un poète majeur du 20éme siècle. Voilà le témoignage de Joachim Gasquet : « La première fois que j’entendis Maurras réciter des vers, il avait vingt ans. Beau comme Apollon, sous sa flottante chevelure, avec ses yeux dominateurs, il m’apparut dans l’ombre aiguë d’un olivier de notre pays, entre deux cyprès, devant son étang. J’eus l’impression que la lumière chantait. J’ai vu peindre Cézanne, sculpter Rodin, j’ai vu Saint-Saëns à l’orgue, mais cette minute radieuse de ma jeunesse est au-dessus de ma mémoire comme mes poèmes au-dessus de ma vie. La poésie me fut révélée ce jour-là. Dans tout vers qui élève en moi son murmure, il y a un écho de cette voix du soleil sur les lèvres en fleurs de Maurras. Il est l’initiateur… » Joseph Kessel, qui composa plus tard le Chant des Partisans avec son neveu Maurice Druon, rencontra Maurras à Martigues, cette ville qu’il aimait tant. Maurras lui parla des pêcheurs de Martigues : « Ce sont des gens robustes et fiers, pleins de traditions, de bonté, une belle race. Connaissez-vous leur ancienne prière, qui les peignait tout vifs. Non ? Alors écoutez :

Notre Père, donnez-nous du poisson

Assez

Pour en manger,

En donner,

En vendre,

Et nous en laisser voler.

M. Maurras s’arrête quelques secondes, puis, les yeux mi-clos, répète – mais en provençal – les paroles, et il me semble voir sur le vaste étang latin les hommes de bois brun jeter leurs filets avec cette supplication humble et magnifique. » Maurras aimait passionnément la Provence et parlait magnifiquement de Frédéric Mistral, qui fut son père spirituel. Il déclara : « Je ne sais pas parler de Mistral. Je l’aime. »

 

Maurras et l’amour

 

Maurras, que l’on peut imaginer comme un moine soldat, aimait les femmes, aimait l’amour. C’est Gustave Thibon qui le relève « L’amour – cet amour qui affecte l’esprit plus que la chair et qui est la source des hautes jouissances qui se moquent du tombeau, comme disait son ami Mistral – lui inspirent des vers qui comptent parmi les plus beaux de notre langue »

 

Mon malheur est venu d’avoir aimé votre âme

Plus que tous vos parfums, plus que votre beauté

Comme vous en doutiez dure argile de femme

Sachez que votre esclave est dans ma volonté

Tout mon coeur n’aspira qu’à votre essence pure

Je reconnais en vous l’ordre de mon destin

Et le cri du désir de toute ma nature

Tout ce qui n’est pas vous est vain.

 

Il écrira à un de ses amours : « Non seulement je t’aime comme la volupté faite chair, faite femme et faite mon amie, mais je t’aime aussi comme un paysage et comme un ciel. Tu me représentes la nature dans sa force féconde et violente, dans son silence magnifique et dans sa paix trompeuse. C’est pourquoi je ne puis sortir de ta pensée, et je ne puis penser à toi sans trouble, et je ne puis sentir de trouble sans le rapporter à toi. Voilà mon état, pauvre amour »

 

Une relation passionnelle laissa Maurras dans un désespoir total, au bord du suicide. Il avait écrit dans un article du Figaro : « Le suicide sévit surtout chez les êtres supérieurs ou du moins chez ceux qui exigent beaucoup de la vie par la force de leurs passions », rajoutant « qu’on se tue également par la force de l’âme. »

 

Gustave Thibon avait rendu visite à Charles Maurras, emprisonné, après 1945. « Pédéraste, pédéraste, je n’entends plus parler que de ça », déclara Maurras, ajoutant : « Mais dites-moi, pourtant de mon temps c’était si bon la femme. »

 

Maurras et la mort

 

Maurras écrira dans la préface de Sans la muraille de cyprès : « Tout homme est une ébauche qui s’achève à mesure que se tient plus proche de lui cette Mère de la Beauté et de la Vérité : la mort. Elle seule la finira. La beauté véritable est au terme des choses. » Et puis, lisez ce poème magnifique, un des derniers qu’il ait écrit : La prière de la fin. Car, Seigneur, je ne sais pas qui vous êtes. J’ignore / Quel est cet artisan du vivre et du mourir, / Au cœur appelé mien quelles ondes sonores / Ont dit ou contredit son éternel désir / Comment croire, Seigneur, pour une âme qui traîne / Son obscur appétit des lumières du jour ? / Seigneur, endormez-la dans votre paix certaine / Entre les bras de l’espérance et de l’Amour.

 

Maurras avait eu à subir un procès, en 1945, où il fut condamné à la réclusion à perpétuité, pour intelligence avec l’ennemi. Mauriac, qui n’était pas de ses amis eut ce commentaire : « La seule forme d’intelligence qu’il n’ait jamais eue, c’est l’intelligence avec l’ennemi. » Un journaliste avait décrit ainsi Maurras, faisant face au tribunal : « Dans son vieux manteau beige, il a plutôt l’air d’un oiseau déplumé, mais sous son lorgnon de vieux professeur d’internat, il a le regard de braise d’une de ces solides bêtes de Camargue élevées pour le combat. »

 

Ces Cahiers de l’Herne sont pour nous tous une bonne nouvelle : Charles Maurras est de retour.

 

Présentation :

Stéphane Giocanti et Axel Tisserand, Maurras, Les Cahiers de l’Herne, 21 x 27,5 cm, 396 pages, avec iconographie, 39,00 €, Éditions de l’Herne, 22, rue Mazarine 75006 Paris Tél. 01 46 33 03 00 ; lherne@lherne.com

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