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mercredi, 31 décembre 2014

L’histoire du PFN (Parti des Forces Nouvelles)

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Robert Spieler - Rivarol n°3169

Les origines

Le PFN naissait, il y a 40 ans, le 11 novembre 1974 et occupa, durant dix ans, l’avant-scène de la « Droite nationale ». Ordre Nouveau ayant été dissous, ainsi que la Ligue Communiste de Krivine, ses dirigeants décidèrent de créer  un Front national, en 1972, dont Jean-Marie Le Pen ne fut aucunement le fondateur, contrairement à ce que croient beaucoup. Les anciens dirigeants d’Ordre Nouveau, dont Alain Robert, étaient allés chercher Jean-Marie Le Pen, qui avait encore une certaine notoriété dans les milieux nationaux (il avait été député poujadiste, talentueux patron du groupe à l’Assemblée nationale, et dirigea la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour). Leur objectif était évidemment de faire de Le Pen une sorte de potiche, manipulable à merci. Ceux qui connaissent le personnage savent qu’il n’en pût être ainsi. Une scission eut lieu, et les dirigeants de l’ex Ordre Nouveau quittèrent le Front national émergent et créèrent le Parti des Forces Nouvelles, qui, à l’époque, fut bien plus dynamique, talentueux et médiatisé que le FN. Il s’agissait, dans leur esprit, de créer une « droite moderne ». Vaste sujet… Le livre qui nous conte cette étonnante aventure a été piloté par Didier Lecerf, qui fut un militant et un responsable du parti, aux côtés de Roland Hélie, dans la dernière période du parti,  dans  les années 1980. Mais revenons aux origines du PFN. Au printemps 1973, Ordre Nouveau lance une campagne contre « l’immigration sauvage » et annonce la tenue d’un meeting, le 21 juin, à la Mutualité. Aussitôt, fureur des gauchistes qui exigent l’interdiction du meeting. Des centaines de militants de la Ligue communiste, casqués et armés de manches de pioche, de barres de fer, de cocktails Molotov, passent à l’attaque : il y eut 71 blessés du côté policier… Le 28 juin, Ordre Nouveau fut dissous, ainsi que le mouvement de Krivine, en Conseil des ministres…

Quelques souvenirs personnels

L’auteur de ces lignes fut militant et fut même un des responsables alsaciens du PFN. L’historien Pascal Gauchon, patron du PFN, vint inaugurer notre local, en plein centre de Strasbourg. Un modeste studio de 100 m2 dans un quartier bourgeois. Mais cela ne nous suffisait pas. Nous louâmes tout un immeuble, de 400 m2 dans le quartier de la gare, assez délabré à l’époque, pour un prix, il est vrai, raisonnable. Nous avions créé une imprimerie et embauché un salarié. La folie… Bien entendu, comme nous étions tous parfaitement nuls en gestion, l’affaire périclita. Mais les dîners militants succédaient aux dîners militants. Notre antre était en quelque sorte une Casa Pound avant l’heure… Les actions militantes  faisaient parler d’elles dans le Landernau strasbourgeois. Pas de semaine sans qu’une distribution de tracts n’ait lieu devant un Resto U. Nous n’avons jamais eu de problème avec l’extrême gauche. Il est vrai que nous avions un service de protection des plus efficaces. Notre ami C.D. avait un chien-loup à la mine particulièrement féroce qui suscitait comme un respect, chez nos adversaires… L’extrême-gauche ne nous menaça qu’une seule fois, envisageant de prendre d’assaut notre local. Le SAC (service d’action civique, la milice gaulliste), vint à notre rescousse. Je n’en tire pas une fierté particulière… A ce propos, voici une anecdote qui devrait éclairer certains de nos jeunes amis tentés par une radicalité hasardeuse. J’avais été invité avec mon ami J.J.C par le patron du SAC alsacien, dans sa maison à Brumath, qui servait aussi de lieu de réunion de l’officine. Il nous reçut fort aimablement. Il s’absenta quelques minutes, puis revint avec un paquet, que nous ouvrîmes : c’était de la dynamite. Il avait pour projet de nous faire exploser la librairie de Ferdinand Moschenross, l’animateur du mouvement autonomiste alsacien, que j’aimais bien mais qu’il haïssait minutieusement  (certains Rivaroliens alsaciens se souviennent sans doute de sa  Librairie 31, sur les quais, en face du palais des Rohan). Nous refusâmes bien sûr ce cadeau. Mais imaginons que nous ne nous n’ayons pas été formés politiquement, que nous n’ayons pas eu un minimum de raison, que nous nous soyons laissés aller à une sorte d’héroïsme de contrebande, que serions-nous devenus ?  Le patron du SAC rejoignit, quelques années plus tard, le Front National… A propos d’héroïsme de contrebande, il faut que je vous raconte la fin du PFN alsacien qui explosa, c’est le cas de le dire. Trois de nos militants, qui n’étaient pourtant pas des imbéciles, entreprirent, sans nous en avertir, une opération, qui aurait pu avoir des conséquences humaines dramatiques, au sujet de laquelle je ne m’étendrai pas, même s’il y a prescription. Nous apprîmes très vite ce qui s’était passé. Nous étions évidemment consternés et furieux. L’un des nôtres (si l’on peut dire), que nous  connaissions, à vrai dire, assez peu, se rendit le soir même au commissariat de police pour les balancer. Dès le lendemain, les perquisitions démarraient. Nous fûmes une quinzaine à être interrogés par la Police Judiciaire. Aucun de nous ne balança ceux qui restaient quand même des camarades, leur stupidité fût-elle totale… La ligne de défense était : ce type (le dénonciateur) est un fou… Ce qui était certainement vrai… Dix ans plus tard, alors que j’étais député du Front national, ma secrétaire m’informe de la venue d’une personne qui, paraît-il, me connaissait fort bien, à une fête du FN auprès d’un étang dans la région de Strasbourg. Elle ne se souvenait plus de son nom. C’était lui, la balance. Il était venu avec son épouse et son jeune fils. Par égard pour eux, je le pris à part, et lui intima l’ordre : « Casse-toi immédiatement ». Ce qu’il fit…

Faire Front, puis le PFN, face au FN

Les comités Faire Front étaient, en quelque sorte, les bases de ce qui sera le futur Parti des Forces Nouvelles. Le divorce devient total entre les comités et le FN. Et puis, survient le décès de Georges Pompidou. Jean-Marie Le Pen entend être le « candidat de salut public », le chef de file de « toute la droite sociale, populaire et nationale ». Faire Front, avec François Brigneau, choisit résolument de faire battre Chaban-Delmas, « ce général de la Résistance et cet affairiste de l’Epuration ». Et d’appeler à voter Giscard d’Estaing… Le PFN naîtra les 9, 10, 11 novembre, lors d’un congrès constitutif qui se tiendra à Bagnolet. 250 personnes, venues de toute la France, sont là. Une plaquette doctrinale de 88 pages, Propositions pour une nation nouvelle, largement inspirée par les idées de la Nouvelle Droite, est diffusée. Le PFN se veut l’incarnation d’une droite moderne, décomplexée, tournée vers l’avenir, au « service d’une France forte, juste et libre », dans une « Europe de nations, unie et puissante ». Décidé à devenir « respectable » (vieille antienne de ceux qui ne le seront jamais, vu leur passé), il décide de tourner le dos à l’activisme, au sectarisme, au profit d’un style totalement nouveau, ouvert et rassurant, lui permettant de tendre la main et de travailler avec tous ceux qui, à droite, se battent contre le socialisme triomphant et l’Union de la gauche. Bref, le PFN entre dans le système, et pas qu’un peu. Même François Brigneau, qui n’est pourtant pas le plus modéré des modérés, déclare en 1974 : « Nous devrions nous placer aux frontières de la droite de la majorité ». Bref, le PFN se veut devenir respectable, ce qui n’est pas forcément à son honneur…Ceci dit, il fait preuve d’un grand dynamisme. Un « forum de la nouvelle droite » une « semaine du cinéma de droite » sont organisés et rencontrent du succès. On parle de « la droite design ». De nombreux intellectuels, dont Jean Raspail s’investissent. Ce dernier sera parmi les membres du premier conseil national du parti. Petite anecdote, en passant. J’avais dîné avec Jean Raspail, il y a trois ans, chez  des amis dans la Nièvre. Il m’expliqua qu’il n’avait jamais eu d’activités politiques. Malpoli au possible, je lui rappelai l’épisode du PFN (J’étais présent au congrès, quand il était là) qu’il semblait avoir quelque peu oublié. Il ne devint jamais Académicien. La faute, bien sûr, au Camp des Saints, magnifique livre qu’il faut lire et relire…

Le formidable dynamisme du PFN

Un exemple d’action militante amusante : la statue de cire de Georges Marchais fut enlevée, en janvier 1980, au musée Grévin, par un mystérieux « groupe d’intervention nationaliste ». Si vous voulez des détails, Roland Hélie pourra vous en fournir… La statue fut déposée, 13 jours plus tard « chez ses frères », en l’occurrence les ours du Jardin des Plantes. Le vétérinaire du lieu émotionna. Il déclara : « Si les ours avaient eu faim, cela aurait pu être dangereux pour eux ». Et puis, il y eut la création de nombreuses associations, plus dynamiques les unes que les autres, dont l’initiative du « sergent Dupuy » qui vole au soutien de l’armée française, confrontée aux menées de l’extrême-gauche. Le retentissement de l’opération fut énorme. Il obtint le soutien de nombreuses personnalités : les épouses des maréchaux de Lattre et Juin, les académiciens Thierry Maulnier et Maurice Druon ; les écrivains Jean Cau, Louis Pauwels, Michel de Saint-Pierre, Michel Droit, mais aussi le colonel Rémy et toutes les plumes de notre camp, dont François Brigneau. Interrogé par un journaliste qui lui demandait le pourquoi de sa présence à un forum du PFN, Michel Mourlet, qui fut le fondateur, il y a plus de quarante ans, du remarquable magazine littéraire Matulu, répondit : « Parce que j’y entends un son nouveau ». Il ajouta : « La substance vitale d’une civilisation, c’est sa culture. C’est pourquoi l’impérialisme marxiste a entrepris un immense travail en profondeur dans les trois secteurs-clés de la culture : l’enseignement, le monde intellectuel et le monde spirituel ». Une incroyable époque… Lors du « Forum de la nouvelle droite » organisé les 1er et 2 mars 1975, il y eut une exposition permanente abordant divers sujets : l’armée, la jeunesse, le Front de la jeunesse, le monde du travail, l’agitation, les forces communistes dans le monde et ceux qui leur résistent, les dédicaces de livres (Bardèche, Pierre Gripari, le colonel Rémy, Roland Gaucher, entre autres).

Il faut lire ce livre !

Le PFN, qui pourtant avait tenu la dragée haute au Front national finira, sur la proposition de Roland Hélie, qui en fut son dernier dirigeant, par s’auto dissoudre en juin 1984, devant l’irrésistible montée du parti de Jean-Marie Le Pen. Une époque finissait, une autre débutait. Il y a deux textes absolument superbes à lire dans ce livre, entre autres, bien sûr. Mais rien que ces textes méritent que l’on achète l’ouvrage. Le premier, superbe, est de Jean Raspail, paru en juin 1975 dans le mensuel du PFN, Initiative nationale. Son titre : Souviens-toi d’une pagode au Cambodge. C’est un texte magnifique. Découvrez-le. Vraiment. Le second, splendide,  a été écrit par Didier Lecerf, qui a piloté la réalisation de ce livre. Le titre de son article : « Pourquoi j’ai adhéré au PFN, et y adhérerais encore… » Dans un article plein de pudeur et d’émotion, il raconte une tranche de sa vie : Son père, qui un jour, quitte le domicile conjugal pour acheter des cigarettes. Comme l’écrit Didier, « manifestement, il ne les a toujours pas trouvées. Depuis, silence radio… » Didier Lecerf a, depuis, rejoint la grande famille des nationalistes français et européens, parfois orpheline… Il y est chez lui…

Le PFN, 1974-1984, Une autre droite, par Didier Lecerf, 200 pages, 20 euros plus 3 euros de frais de port ; Synthèse nationale, 116 rue de Charenton, Paris 75012

12:42 Publié dans Livre | Lien permanent | |  Facebook

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