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lundi, 19 mai 2008

Un entretien avec Robert Spieler sur l’engagement politique dans les années 70…

Propos recueillis par Catherine Robinson et publié dans la dernière livraison (n°8, mai-juin 2008) de la revue Synthèse nationale.

 

 

2039747112.JPGRobert Spieler est né en 1951 à Sarreguemines, en Moselle. Il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques. Il a été responsable des ressources humaines, puis consultant en recrutement de cadres.

 

En 1969, il adhère à Ordre nouveau ; en 1974, il s’inscrit au Parti des forces nouvelles ; en 1981, il fonde le Forum d’Alsace, le plus important club d’opposition de la région, qui organise des dîners-débats avec des personnalités aussi diverses que Philippe Malaud, Alain Griotteray, Serge Dassault ou Raymond Barre… En 1984, il crée Alsace Renouveau. En 1985, Alsace Renouveau rejoint le Front national. En 1986, il est élu Député et Conseiller régional Front national. Il démissionne ensuite du FN pour créer le mouvement régionaliste Alsace d’Abord, qu’il préside. De 1989 à 2001, il est conseiller municipal de Strasbourg. En 1992, il est élu Conseiller régional Alsace d’Abord avec 6 % des voix. En 1998, il est  réélu Conseiller régional avec un pourcentage de 7,2 %. En 2004, il obtient 9,4 % des suffrages aux Régionales, mais n’est pas élu du fait de la modification du mode de scrutin.

 

Il vient de démissionner de la présidence d’Alsace d’Abord pour contribuer au nécessaire rassemblement de toutes les forces nationalistes, régionalistes et identitaires face aux menaces qui pèsent sur notre civilisation, et il vient de s’engager avec détermination dans l’organisation de la Nouvelle Droite Populaire, qui sera créée dimanche 1er juin à Paris et qui se veut un « rassemblement des énergies ».

 

Robert Spieler est marié, il a cinq enfants.

Dans vos jeunes années, vous avez eu un engagement au sein de ce qu’il est convenu, à tort ou à raison, d’appeler la Droite radicale. Quelle a été la nature de cet engagement ? Quelles ont été alors vos activités ? Vos responsabilités ? Dans quel cadre, dans quel mouvement ou organisation avez-vous milité ? A quelle époque ?

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J’ai en effet débuté très jeune dans l’action militante. J’ai adhéré à Ordre nouveau en 1969 à sa création, alors que j’étais encore lycéen en terminale. Dès que je fus étudiant, je fus nommé responsable d’O.N. à Strasbourg. Responsable et seul militant à vrai dire. Une anecdote amusante : O.N. m’avait livré un stock d’exemplaires de son journal, intitulé Pour un ordre nouveau. Ne doutant de rien, inconscient du danger, je m’en fus tranquillement les vendre seul devant le Resto-U., où quinze gauchistes de la Ligue communiste vendaient Rouge. J’en fus, à ma stupeur, rapidement expulsé…

 Par la suite, j’ai constitué une équipe et nous avons pu démarrer une vraie démarche militante. J’ai connu le local de la rue des Lombards (le siège mythique d’Ordre nouveau à Paris – NDLR) et aussi Hilaire Cholet, militant infatigable que j’aimais bien, qui « tenait la maison » et qui, plus tard, devait prendre d’assaut Saint-Nicolas-du-Chardonnet au cri de « Au nom du Christ-Roi ! ».

Après la dissolution d’O.N. en juin 1973, j’ai rejoint le Front national première mouture, qui avait été créé à l’initiative d’Alain Robert et d’O.N. et qui était allé chercher une personnalité quelque peu oubliée, Jean-Marie Le Pen, pour le présider. Très vite, les relations se tendirent entre l’équipe d’O.N. (Roland Gaucher, François Brigneau, Alain Robert, etc…) et Le Pen. Le FN explosa et nous créâmes, en novembre 1974,  le Parti des forces nouvelles (PFN) : époque exaltante, car nous disposions à Strasbourg d’un gigantesque local, un immeuble de 400 m2, avec une imprimerie et un salarié. La folie ! Nous vivions presque en communauté. Nous dînions et, pour certains, dormions sur place. Une formidable ambiance de camaraderie.

Mais le PFN, infiniment plus dynamique que le FN dans les années 70, devait péricliter, du fait d’une dérive « régimiste ». Certains dirigeants du PFN avaient considéré qu’il était pertinent de se rapprocher de la droite du RPR, en l’occurrence de Charles Pasqua. Pour ma part, je suis alors parti vers d’autres aventures.

Avez-vous vécu cette période comme un état de guerre, une expérience, un véritable engagement politique ? Ou était-ce un état d’âme lié aux circonstances ? Au fond, quelles étaient vos motivations ?

772533361.jpgC’était avant tout un sentiment de révolte contre le système. Dès mon plus jeune âge, je me suis senti naturellement du côté des « réprouvés ». J’ai suivi avec passion, à l’âge de 10 ans, les événements d’Algérie sur le transistor de mon père. Non pas que je fusse Algérie française, ce qui ne correspondait pas du tout aux convictions de ma famille. Mais je sentais le souffle de l’aventure, de l’épopée et de l’injustice.

Deux épisodes m’ont marqué : l’attentat du Petit-Clamart, que mon oncle annonça avec un air grave à mon père. Je m’en souviens comme si c’était hier. Et un autre épisode qui me choqua profondément : nous, qui n’avions pas la télévision, allions la regarder le dimanche après-midi chez une cousine de ma mère. Je me souviens d’un flash spécial annonçant l’arrestation du Général Salan et la joie, que j’avais ressentie comme indécente, de notre cousine qui avait un fils qui combattait dans un bureau en Algérie… Cela me scandalisa. Pourquoi ? Je ne sais pas. J’ai fait mon éducation politique seul, sans mentor. Minute et Rivarol, que je découvris vers l’âge de 16 ans, y contribuèrent cependant  puissamment.

J’étais en terminale dans une petite ville de Lorraine lors des événements de Mai 68. Cette chienlit me révulsa. Je rejoignais Ordre nouveau. dès sa création.

J’aimais la volonté de rupture et de révolte de ce mouvement. L’ambiance de combat, de camaraderie et de mépris à l’encontre de « l’esprit bourgeois » : je lisais Wernert Sombart, Nietzsche, Ernst Von Salomon, Céline et Robert Brasillach. Ma voie était définitivement tracée.

Quand vous repensez à cette époque, quel est chez vous le sentiment dominant ? Quel est le meilleur souvenir que vous en avez gardé ? Et quel est le pire ?

772533361.2.jpgJ’en garde le souvenir d’une formidable espérance, d’une ambiance chaleureuse, d’une liberté fantastique et d’un esprit de combat fraternel.

Mes meilleurs souvenirs ? Ce sont les soirées de collages d’affiches, suivies de soirées communautaires. La fête, les chants, le rire, l’amitié, la chaleur militante. Certes, nous avions parfois la gueule de bois le lendemain.

Mon pire souvenir ? Un collage d’affiches qui tourna mal. Nous étions dix et nous nous trouvâmes nez à nez avec une vingtaine de gauchistes armés de barres de fer. Ce fut la panique. Nous allâmes nous réfugier honteusement près du Commissariat.

Je me suis juré que plus jamais je ne reculerai et nous n’avons plus jamais reculé. Nos adversaires le savent…

Quel jugement portez-vous aujourd’hui sur le jeune homme que vous étiez alors ? Avez-vous le sentiment d’avoir surtout perdu votre temps ou d’avoir acquis une expérience qui vous a profité par la suite ? Quelles leçons en tirez-vous ? 

J’ai plutôt de la sympathie pour le jeune homme que j’ai été et je lui pardonne les erreurs qu’il a pu commettre… L’expérience que j’ai acquise jeune m’a bien sûr considérablement servi dans mon action ultérieure : coller des affiches, créer un tract, le diffuser, organiser et animer des réunions, faire des communiqués de presse, organiser des conférences de presse, etc… La meilleure université du militant est celle du terrain. Il n’en existe au demeurant pas d’autre. Quand je vois des jeunes UMP qui, à 17 ans, se promènent déguisés en futurs ministres, je rigole…

Par rapport à ce qu’a été cet engagement de jeunesse, diriez-vous que vous poursuivez toujours aujourd’hui le même combat, ou bien vos activités (et vos idées) actuelles ont-elles pris une autre direction ? Entre hier et aujourd’hui, y a-t-il continuité ou discontinuité ?

Je vous répondrai par ce verset : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie ».

 

17:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Tags : alsace, strasbourg, politique, robert spieler, ferdinand moschenross | |  Facebook

dimanche, 18 mai 2008

Décès de Ferdinand Moschenross.

 Salut Ferdinand !

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Avec la disparition de Ferdinand Moschenross, c’est un personnage haut en couleur, une figure majeure de l’autonomisme alsacien qui nous quitte. Je l’ai bien connu dans les années 70, où, étudiant, je fréquentais assidûment sa librairie, située sur les quais, à Strasbourg, en face du Palais des Rohans. J’ai collé quelques affiches avec lui, au Neudorf, quand il fut candidat à l’élection cantonale, contre sa bête noire, qui était André Bord.

 

Il fit partie du mouvement fondé par le Docteur Iffrig (qui mettait à la porte les visiteurs médicaux s’exprimant en français), autour de la revue Elsa, très radicale dans son autonomisme. Il était à la tribune du Palais des Fêtes, en 1971, lors d’une grande réunion autonomiste, qui fut perturbée par quelques membres de l’Action Française, qui entonnèrent « La Marseillaise » (des royalistes, qui chantent « La Marseillaise », ça m’a toujours étonné), et par des membres du SAC, la milice gaulliste, qui eux diffusèrent le « Horst Wessel Lied » avec un magnétophone.

 

Il avait développé une parano certaine. C’est ainsi, qu’un jour où je discutais avec lui dans sa librairie, je vis y entrer un client à l’allure parfaitement banale. « Que voulez vous ? » demanda Ferdinand d’un ton fort peu amène. Le client, surpris par cet accueil désagréable, bafouilla : « Euh, je cherche… tel livre ». « Y’a pas », fut la réplique qui amena le client à repartir, stupéfait, aussi vite qu’il était entré. Et Ferdinand, de me dire : « S’esch a Spitzel (un espion) ». Sur le coup, j’en rigolai, mais devais reconnaître, plus tard, qu’il avait quelques raisons de réagir ainsi. Sa vitrine était régulièrement brisée par le SAC, qui lui vouait une haine féroce.

 

Mais Ferdinand, provocateur né, était aussi un homme très courageux. L’UDR, le parti gaulliste avait organisé, en 1972, son Congrès national à Strasbourg, en présence de Michel Debré, Maurice Couve de Murville, etc… J’étais présent, au Wacken, à l’invitation d’un de mes amis, membre de l’UJP, le mouvement des jeunes gaullistes. Lors du discours de Debré, un brouhaha dans la salle… Ferdinand, qui avait réussi, Dieu sait comment à y pénétrer, jetait à la volée des tracts représentant une Alsacienne expulsant à coups de pieds dans le derrière Michel Debré de l’Alsace. Scène filmée par l’unique caméra présente et prise en photo. La violence du SAC se déchaîna : le caméraman et le photographe se virent retirer leurs films, et Ferdinand emmené dans une voiture banalisée au siège du SAC, à Brumath. Là, il fut attaché à une chaise, et bourré de coups de poing et de pied. « Et ils visaient les c… », me raconta-t-il.

 

Au milieu des années 70, alors que j’étais membre du PFN (Parti des Forces Nouvelles), je fus invité, avec un ami, à me rendre chez le responsable du SAC, à Brumath. Celui-ci s’absenta quelques instants, de la pièce où nous discutions, pour revenir avec un paquet qui s’avéra contenir… une dizaine de bâtons de dynamite ! Et de nous proposer de faire exploser la librairie de Ferdinand ! Nous refusâmes bien sûr ce cadeau empoisonné, mais cela m’a donné à réfléchir sur ces têtes brûlées ou tout simplement, sur des gamins immatures qui se laissent entraîner vers l’irréparable par des provocateurs.

 

Ferdinand ne reculait devant aucune provocation. C’est ainsi que Marcel Rudloff candidat aux élections cantonales dans les années 80 eut la stupeur de voir Ferdinand, assis , seul, à la tribune de la salle que Rudloff avait réservée pour sa réunion électorale. Ferdinand avait entre temps annulé la salle au nom de Rudloff, pour la réserver à son nom. Marcel Rudloff en fut quitte de transférer sa réunion.   Voilà quelques souvenirs en hommage à un homme courageux, ne reculant devant rien, convaincu de la justesse de ses idées, et militant acharné de l’identité et de la langue alsacienne.

 

Salut, Ferdinand !  

Robert Spieler

15:24 Publié dans Alsace | Lien permanent | Tags : alsace, strasbourg, politique, robert spieler, ferdinand moschenross | |  Facebook